Rêves et tensions, le prix d’une Décentralisation sans argent

In Congo profond
RDC, Manifestation, Cohésion nationale

La décentralisation, en RDC, comme un accidenté en état de gravité, se bat entre l’extinction et la survie. En 2015, le découpage territorial est sans doute venu lui mettre un peu d’huile au moteur en surchauffe.

En 2019, le processus de décentralisation qui a démarré en 2006, totalise environ 14 ans. Le 2e forum sur la décentralisation qui vient d’avoir lieu à Kinshasa, jusqu’au 13 février, avait ainsi pour objectif d’évaluer l’évolution.

Une décentralisation sans centralisée

Les gouverneurs de province, les responsables des assemblées provinciales ainsi que les chefs des entités territoriales décentralisées, ont dressé un bilan connu d’avance. Et il ne fait aucun doute qu’il y a manque criant d’infrastructures de base.

Et pour cause, et les délégués des provinces ont demandé que cela change, dans leurs recommandations : une centralisation toujours forte et injustifiée, des fonds qui leur appartiennent.

Lire |Décentralisation : les refractaires sont ministres

Sur les recettes provenant des taxes et impôts nationaux, en effet, les provinces ont l’autorisation de la Constitution, de retenir 40%. De l’argent pour organiser le développement souhaité par cette Loi fondamentale, à la base.

A quoi servent les lois?

Or, depuis la promulgation de cette loi, les provinces envoient la totalité des fonds perçus et attendent une rétrocession. Il arrive, curieusement, que celle-ci ne suit pas toujours.

Mais s’il n’y avait que son irrégularité, les entités décentralisées auraient pu espérer financer des projets dès le paiement. Fût-il tardif. Kinshasa envoie bien moins que les 40% décidés.

Du coup, les responsables des ETD (Entités territoriales décentralisées), ont deux choix. Se taire, et risquer de ne pas trouver des ressources alternatives pour réaliser leurs promesses électorales, le cas des gouverneurs.

Aux sources des tensions congolaises

Quitte à souffrir le martyre des députés parfois en quête de de prime à l’occasion de rien, ou véritablement jouant leur rôle. Le contrôle parlementaire.

Ou, en revanche, ces dirigeants locaux doivent crier fort, réclamer leurs droits. Or on sait à quel point un tel courage isole députés et gouverneurs.

Moïse Katumbi, alors gouverneur du Katanga, et son allié président de l’assemblée provinciale Gabriel Kyungu, en ont eu pour leur compte. Sans doute, ils avaient aussi en privé d’autres comptes à régler avec les dirigeants à une phobie avérée pour la décentralisation. La vraie.

Au final, la décentralisation semble bien conflictogène, un vecteur de tensions au Congo.

Il suffit, en plus, de considérer les divergences dans la perception même de ce que cela veut dire décentralisation.  Sur le plan économique. Ou encore, son autre versant, le découpage territorial, pour beaucoup de Congolais. Parmi eux des intellectuels! Et des grands !

Le Congo décentralisé

Beaucoup s’imaginent des régions où ils règnent en maîtres suprêmes, sans des compétences à rendre. Alors, on les voit retranchés derrière les oripeaux du tribalisme ou du régionalisme, prêts à en découdre pour toute critique. Même constructive.

Si à Kinshasa, il y a des malades d’un pouvoir centralisateur quoi qu’il en coûte, remarquez bien qu’en province, on trouve aussi des envoûtés d’une décentralisation sans alternative.

Remarquez bien qu’on ne développera le Congo avec ces profils extrêmes.

Didier Makal

 

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