Est de la RDC: les 3 erreurs stratégiques de l’armée

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La femme africaine

Des tueries et exactions incessantes, des négociations et accords infructueux. L’Est de la RDC pleure toujours, voici plus de 2 décennies. Symbole d’une guerre sans nom, mais parfois ravivée par les erreurs stratégiques des gouvernements congolais, cette crise ne cesse d’étonner.

Selon le rapport du Bureau des droits de l’homme des Nations-Unies publié le 5 août 2020, le nombre de personnes tuées à l’Est de la RDC a explosé. Au premier semestre 2020, 1315 personnes ont perdu la vue, contre 416 à la même période un an plus tôt.

Ces chiffres glaçants suscitent des interrogations. Surtout qu’ils tombent après beaucoup d’opérations de pacification achevées, sans succès. Ils tendent ainsi à révéler des erreurs stratégiques.

Collaborer avec des pays au rôle trouble

Le 30 octobre 2019, l’armée congolaise lance des opérations contre tous les groupes armés actifs à l’Est du pays. Ainsi, le gouvernement de la RDC souhaite de tous les vœux la collaboration avec les pays voisins dans la traque des rebelles. Naturellement l’Ouganda et la Rwanda entrent dans la danse.

Si jusque-là la présence de ces deux armées étrangères sur le sol congolais reste floue, il est cependant indéniable que ces pays, surtout le Rwanda, coopèrent en matière des renseignements. Le président Rwandais, Paul Kagame l’avait même affirmé chez Jeune Afrique.

Les erreurs stratégiques dans une guerre sans fin

Mais l’histoire renseigne que la naissance des groupes armés dans l’Est de la RDC trouve son origine dans les deux guerres. Des guerres dites de libération, que le pays a connues entre 1996 et 2003.

A cette époque, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo, AFDL, prend les armes.

C’est feu le président Laurent-Désiré Kabila qui conduit cette alliance censée chasser Mobutu du pouvoir. Il reçoit l’aide du Rwanda et de l’Ouganda.

Voilà le début de la prolifération des groupes armés à l’Est de la RDC. Lesquels groupes ne cessent toujours d’endeuiller jusqu’aujourd’hui.

Déjà à l’époque, la présence sur le territoire congolais des militaires étrangers empêche les forces armées congolaises de coordonner les opérations de sécurisation. Une grande partie du territoire est alors sous le contrôle de ces militaires étrangers.

C’est en particulier les zones minières où le trafic illicite enrichit les groupes armés. Notamment le M23 qui bénéficie alors du soutien du Rwanda et des complicités au sein des FARDC, forces armées congolaises.

Depuis, une exploitation illicite des minerais congolais prend vie. C’est surtout au Rwanda qu’ils sont exportés , puis re-exportés comme étant des produits rwandais. Global Witness l’avait même signalé dans son rapport de 2012.

Rien ne change dans l’Est de la RDC

Seulement 8 ans après, Kigali semble nourrir ses appétits sur les richesses de la RDC.

D’ailleurs après la récente collaboration militaire entre la RDC et le Rwanda, les résultats sont décevants. Plutôt que de baisser, le nombre de personnes tuées a triplé au premier semestre 2020. Comme quoi, la criminalité est loin d’en finir.

Cette situation est inquiétante, surtout que le Rwanda aurait le rôle de renseigner l’armée congolaise sur la présence des groupes armés, selon certaines considérations non démontrées.

Difficile dans ces conditions de croire en la franchise de Kigali de voler au secours de la RDC. D’autant plus que pendant ces opérations, l’exploitation des minerais continue. Le Rwanda continuerait à servir de lieu de transit avant de poursuivre vers des sociétés occidentales et orientales.

Éternel recommencent de traques

C’est aussi une erreur stratégique, de mener des opérations contre les groupes rebelles sans les soutenir par l’installation efficace de la police et de l’administration.

C’est ainsi que les localités récupérées sont très vite reprises par les groupes armés. C’est ce qu’avait récemment annoncé le porte-parole de l’armée en Ituri. A l’époque Jules Ngongo fait mm sait état de la reprise par les FARDC de 14 localités de territoires de Djugu et Mahagi. C’était après une semaine d’opérations militaires contre la milice de la CODECO.

Lire |La « Tempête de l’Ituri », trois mois après

Mais très récemment encore, par ailleurs, l’on apprend que les mêmes miliciens de la CODECO ont repris beaucoup des mêmes localités dans les mêmes territoires.

Après avoir chassé et tué des gens, ces miliciens y développent aujourd’hui le commerce d’huile de palme et des bois. Dans ces conditions, ceux qui prennent le courage de dénoncer les suspects auprès de l’armée peuvent demain se retrouver en danger si l’armée venait à perdre ses positions. Et c’est la méfiance qui risque de s’installer, au grand désavantage des paysans.

Des rebelles dans l’armée congolaise

La réintégration d’anciens rebelles, parfois coupables d’exactions, dans l’armée congolaise est un autre problème majeur.

Il est vrai qu’à l’Est de la RDC il y a tellement manque de contrôle, qu’un groupe rebelle se crée presque chaque semestre.

D’où une politique de réintégration réfléchie et prudente s’impose. C’est pour que cette réintégration ne profite pas aux ennemis de la RDC.

Surtout que certains rebelles et réintégrés s’infiltrent dans l’armée congolaise pour constituer des antennes. C’est en vue d’assurer une liaison des pays voisins aux fins de contrôler les forces régulières congolaises.

Il faut rappeler aussi que l’Ituri a enregistré le nombre de morts le plus élevé, 635 au total d’après le récent rapport de l’ONU daté du 5 août 2020.

Le Nord-Kivu vient en deuxième position avec 541, puis le Sud-Kivu qui compte 58, et enfin le Tanganyika avec 57.

Willy Mbuyu

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