Marginaliser Kabange Numbi et exiger la discipline à Lubumbashi

In Opinions

Il faut marginaliser le député Félix Kabange Numbi, auteur des propos qui ont indigné plusieurs Congolais. Malheureusement, au nom du Katanga, ou de la katanganité.

Dans une déclaration, alors qu’il posait à côté du gouverneur du Haut-Katanga dont a donné l’air de prendre la défense, le député national Kabange Numbi et ancien ministre a tenu des propos inévitablement graves. 

Le Katanga serait, selon lui, une terre de Joseph Kabila où on ne devrait le critiquer. En réalité, il a refusé aux Congolais qu’il considère comme « non-originaires » le droit de le critiquer. Surtout à partir de ce territoire congolais. Ni de le faire d’ailleurs contre le gouverneur du Haut-Katanga. 

Indignation

Des organisations de la société civile sont montées au créneau. Avec à la clé, la menace du défenseur de droits humains Georges Kapiamba de la traduire en justice. Puisque, indique en outre l’autre défenseur des droits humains Hubert Tshiswaka, le député expose aux violences les gens qu’il marginalise. 

Très vite, et c’est le journal Kinois le Phare qui y va sans gants, le lien est vite établi avec les conflits de 1992. Entre Katangais et Kasaïens. Et, dans la foulée, le journal kinois compare Kabange Numbi à Jean Ngua, un des protagonistes de la crise de 1992. 

Dans un amalgame épais, malheureusement, ce média comme certains Congolais imprudents d’ailleurs, procède par trop de généralisations. 

Dans le désordre qui avance à Lubumbashi et dans le Haut-Katanga, le problème n’est pas communautaire. Il n’y a nullement de conflit entre des Congolais. 

Une affaire de criminalité

La province, mieux la région, fait face à une crise structurelle, qui met en évidence des déficits de gouvernance du territoire national, de gestion des mouvements des populations et de gestion d’une pauvreté toujours forte. 

Ces questions dépassent le cadre de la gouvernance locale dès l’instant où elles mettent en péril la sécurité au niveau de la région. Entre janvier et juin 2920, en le Haut-Katanga vient d’enregistrer 4417 cas de vols simples ou avec armes (et parfois accompagnés de meurtres et autres violences). Un record, si l’on sait qu’en 2019, la société civile qui a compilé ces cas, en a rapporté plus de 5000.

Lubumbashi et Kasumbalesa restent largement concernés. Villes où, par ailleurs, la paupérisation des masses est visible. Elle a d’ailleurs plusieurs fois été épinglée par Joseph Kabila lors d’une adresse aux notables Katangais, vers la fin de son mandat. 

L’insécurité qui crée la surchauffe au niveau des villes, date d’ailleurs de 2016, et les gouvernements successifs ne l’ont pas résorbée. 

Kasumbalesa, le ventre mou du désordre

Le fait nouveau, c’est plutôt l’implication des militants des partis politiques, la jeunesse de l’UDPS, le parti présidentiel. En août 2020, à Kasumbalesa, l’armée a reçu l’ordre de démenterler un réseau désavoué par la hiérarchie du parti. Il était accusé par les autorités locales d’implication dans la contrebande douanière. Des liens ont même été établis avec la criminalité ambiante dans la région. Mais pas que cela soit le fait des militants de l’UDPS, mais plutôt que l’absence d’emplois pour de nombreux jeunes, qui se cachent parfois derrière des identités politiques, constitue un sérieux défi au niveau sécuritaire. 

Tout a ainsi commencé avec la dénonciation commune de 3 gouverneurs. Richard Muyej du Lualaba, Zoé Kabila du Tanganyika et Jacques Kyabula du Haut-Katanga. Ils ont dénoncé surtout l’implication des jeunes de l’UDPS dans la contrebande douanière. Une pratique qui faisait perdre beaucoup d’argent à l’Etat. Surtout, leur alarme a sonné aussi comme un soutien politique à leur collègue qui les recevait à Lubumbashi pour une séance de travail avec la Zambie. Rencontre sur la sécurité à la frontière commune, les 3 étant limitrophes de la Zambie. 

Après ce développement des éléments de contexte, il n’y a pas de liens établissant la responsabilité des Kasaiens dans ce qui se passe dans la région au niveau sécuritaire. 

Ensuite, la question de contrebande douanière implique plutôt un parti politique qui, depuis août, a visiblement effectué le ménage après l’intervention des autorités. 

Inacceptable, isoler Kabange Numbi

Il reste que si au niveau politique, un Congolais voudrait dire son indignation, la liberté reste grande! Mais se servir d’un contexte aussi tendu et explosif, pour surfer sur le régionalisme ou l’ethnisme, c’est inacceptable. 

Encore quand cela vient d’un député national, c’est-à-dire censé voir plus « nation » que région! 

Si le député Félix Kabange Numbi aime le gouverneur Kyabula, et s’il aime le Katanga, il devrait s’élever au niveau de la Nation. C’est-à-dire, voir plus Congo que région, dans ces déclarations. 

Inacceptable aussi, ces compatriotes qui sautent sur tout dérapage pour déraper et dévoyer les populations des vrais débats. Le vrai débat, ici, c’est que les autorités nationales apportent leur appui à la province du Haut-Katanga pour arrêter l’insécurité. Ce n’est pas normal que le Président Tshisekedi se soit déplacé et qu’il ait multiplié l’envoi des officiels sur la même question sans jamais la résoudre durablement. 

Il semble dès lors urgent de se désolidariser avec les propos du député du FCC, à tous les niveaux, pour lui rappeler que le Congo est un. On ne peut pas être député national d’un pays, et confesser en même temps que dans ce pays, des individus sont limités d’accès ou en liberté dans certaines régions.

Ce qu’il faut aussi exiger, c’est que les autorités mettent de l’ordre à Lubumbashi et dans la région. Cela permettra d’éviter de donner l’occasion d’émerger, à des discours extrêmes ou sectaires. L’inaction de Kinshasa dans ce qui se passe est aussi inacceptable.

CD

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