RDC et Belgique : en finir avec l’hypocrisie

In Opinions

Beaucoup se convainquent finalement que le Congo (RDC) est de retour, dans les concerts des nations. Comme puissance, d’abord en Afrique. Puis, comme non pas un conglomérat des puissants qui pensent à eux-mêmes, seuls. Cela n’était plus arrivé qu’un président Congolais se fasse dérouler un tapis rouge sur le sol belge. Pourtant, cette reprise de coopération entre RDC et Belgique signe aussi le retour de l’éternelle hypocrisie.

On a presqu’envie d’y croire : Congo la back. Ou presque. Et ce n’est pas sans raison. Félix Tshisekedi a été ccueilli par plusieurs de ses compatriotes à Bruxelles. Il a aussi aussi rencontré le premier ministre, et le roi des Belges, dans une ambiance de fraternité retrouvée entre RDC et Belgique.

Faire jalouser Joseph Kabila ?

La Belgique, qu’il a présentée comme son autre patrie, a mis de petits plats dans les grands, annonçait son porte-parole Kasongo Mwema, des jours avant.

L’accueil, comme d’ailleurs le niveau symbolique de la visite, réussit autant à la Belgique qu’à la RDC. Deux pays en froid depuis la tumultueuse marche vers l’alternance du pouvoir à Joseph Kabila, disons ainsi clairement les choses.

Les commentaires de la Belgique, même lorsqu’ils ressemblaient presqu’en tout à ceux des Français, des Britanniques ou des Américains, iritaient beaucoup plus à Kinshasa.

C’est quand même la Belgique. Ainsi les rixes ou plutôt vraiment les bisbilles entre les deux pays, ont ainsi souvent revêtu un caractère trop familial. Pourtant la Belgique a dû fermer ses représentation en RDC, sur demande de Kinshasa.

Aujourd’hui, le « grand accueil » réservé au nouveau président ne peut pas manquer de se soucier d’en mettre plein les yeux à Joseph Kabila qui a presque puni la Belgique pour ses critiques sur son administration.

Nos oncles les Belges

Au Congo, les Belges sont affectueusement appelés « oncles », par le lien de la colonisation, et par adoption les uns des autres. C’est la relation du temps de trêve, quand on ne se tire pas dessus, à boulets rouges. 

La Belgique, est aussi la destination naturelle de beaucoup de congolais, même s’il semble bien plus facile pour un Congolais de se rendre en France que dans l’ancienne capitale de l’empire belge! En Belgique, serait-on moins Congophiles? 

Pourtant, la Belgique se propose chaque fois comme une amitié (une amie même!) naturelle du Congo. En santé, en sécurité, en administration publique et mène dans l’éducation, ce pays se propose toujours comme une compétence. Ou plutôt, source de compétences, prête à abreuver ce Congo qui, depuis 59 ans, s’assèche, déshydraté sous le coup d’innombrables crises.

Félix Tshisekedi vient d’accepter une harmonisation des relations entre ces deux pays. Mais, des questions sérieuses doivent être posées et repondues si les deux pays ne veulent pas revivre les mêmes problèmes. L’expérience de la coopération annoncée, sous Mobutu et les Kabila, montre qu’après leurs idylles, tous les régimes connaissent leurs crises avec l’ancienne puissance coloniale.

Les hypocrisies communes aux Belges et Congolais

Ces crises, se ramènent presque toujours à une seule réalité, cachées à peine sous le faux masque d’anticolonialisme. Il faut lire entre les lignes, et la belge Colette Braeckman le dit : « c’est une crise d’incompétence et de traîtrise ». 

C’est en effet une traîtrise, et un mensonge que de verser des millions d’euros dans la formation de fonctionnaires publics mal recrutés, incompétents et souvent vieux. C’est un faux départ aussi, lorsque l’aide publique belge est versée pendant des années aux gouvernants et aux associations incompétents, sans vrais suivis et évaluations. 

C’est autant peu responsable que les dénonciations de fraude, de corruption et de mauvaise gouvernance n’apparaissent qu’autour des enjeux électoraux et d’alternance des pouvoirs en Afrique. Et ce alors que tout le reste du temps, règne le silence. 

Ce silence, les associations le dénoncent souvent comme complice des pillages, assassinats et leurs corollaires sécuritaires : les massacres et conflits communautaires.

RDC et Belgique : l’autre voie du Congo

La Belgique n’a pas tiré les leçons de sa politique pour le Congo. Le Congo qui n’a pas non tiré des vraies leçons de ses échecs. Sous la fièvre et le rêve de grandeur, le temps d’un accueil idyllique, des officiels congolais se sont souvent retrouvés dupes, et dupés. Parmi eux, certains font partie d’un réseau international que la journaliste Colette Braeckman qualifie de nouveaux prédateurs du Congo.

Enfin, disons aussi qu’en se présentant comme une série de compétences sur ou pour le Congo, la Belgique n’aide pas plus qu’elle le prétend son ancienne colonie. On est donné à croire qu’on aimerait voir le Congo chercher des compétences ailleurs que dans ses universités.

La vraie urgence congolaise

Sinon, finalement, pourquoi signer des accords de formation des fonctionnaires publics? Le Congo ne manque pas de compétences pour le faire, et le fait déjà.

Il semble bien que, sans pour autant proclamer toute initiative inutile, il suffit de renforcer la stabilité politique et sécuritaire. Puis, de là, soutenir un leadership national plus à même de conduire des transformations internes profondes. Cela aiderait véritablement le Congo à penser son modèle de progrès socioéconomique.

Cela servirait la Belgique, et aiderait en toute vérité à bâtir des rapports moins conflictuels et décomplexés. Puisqu’à la fin, ce ne sont ni les dons, ni les formations interrompues vues du Nord qui développeront le Congo.

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