En 2021, Félix Tshisekedi, le président de la République Démocratique du Congo, déclarait aux étudiants qu’il leur offrirait gratuitement la connexion à Internet. Il visitait alors, à Kinshasa, une institution universitaire d’enseignement. En vertu de cet accès à une connexion par Wi-fi, le ministre en charge des universités (ESU) avait même interdit de vendre les syllabus aux étudiants. Mais dans certaines institutions publiques, les étudiants ont payé pour l’accès au réseau. A Kolwezi, par exemple, on parle des “frais de connectivité internet”. Le plus surprenant c’est qu’ils n’accèdent pas au réseau, malgré ce paiement.
A l’ISTM Kolwezi, Institut supérieur des techniques médicales, aucun des étudiants contactés par Congo Durable n’a accès à Internet. Celui offert par l’institution. Pourtant, chacun d’eux avoue avoir payé les frais de connectivité. Ce paiement semble connu du Ministère de l’ESU (Enseignement supérieur et universitaire) de la RDC.
Si l’idée du chef de l’Etat était de faciliter la recherche scientifique, au ministère de l’ESU, les étudiants doivent payer l’accès à Internet. “L’instruction 023” que Congo Durable a pu consulter, ainsi que les pratiques dans certaines institutions, semblent contredire la gratuité de l’internet. Le Wi-Fi gratuit est censé faciliter la connectivité à la bibliothèque numérique. Cela, à travers la Sim Academia seulement, conçue pour cet usage.
Du Wi-Fi à la connectivité
De l’annonce, du Wi-Fi qui n’aurait jamais fonctionné, l’ESU passe à la connectivité. A la différence de Wi-Fi gratuit censé faciliter la recherche, la “connectivité” elle, est payante et obligatoire. Selon de nombreux étudiants, les frais de la connectivité émanent de l’ESU comme exigence. L’instruction académique 023 l’a prévue. A la page 63 de ce document, le tableau 10 la classe parmi les “frais connexes”, payables en plus des frais de scolarité. D’autres frais comme ceux intitulés “efforts de construction” y figurent. Pourtant, dans certaines universités ou institutions publiques d’enseignement supérieur, les constructions ne sont pas visibles ou sont plutôt rares. Les frais (30 dollars), sont payés chaque année.
Cette circulaire fixe à 15 USD ou l’équivalent en francs congolais c’est la somme obligatoire pour l’internet. A l’’ISTM/Kolwezi, les étudiants ont pourtant payé 17.000 francs congolais, soit 8.5 USD, légèrement plus de la moitié de ce qui est requis. Sollicité pour une réaction sur cette divergence, le Directeur Général (DG) de l’ISTM Kolwezi n’a pas apporté de réponse précise. “Nous sommes d’ailleurs plus clément, a dit le professeur Henri Mundongo. Ton enquête vient nous rappeler que nous devons demander aux étudiants de compléter.”
Sur la même question, il explique que 8.5 dollars perçus sont un ajout sur ce qui manquait. Ceux qui avaient payé plus seraient remboursé. “En réalité ils ont payé normalement et nous savons comment on couvre ça dans d’autres frais, explique Henri Mundongo.
“Pas moi, mais le ministre de l’ESU”
Après des dénonciations de certains étudiants, Congo Durable a approché les responsables de l’ISTM Kolwezi. Dans un échange téléphonique de 2 min 59 secondes, plein de courtoisie, le DG de l’ISTM a reconnu la perception des frais de connectivité à Internet. Ces frais ont été dûment fixés par le ministère de tutelle, celui de l’ESU.
“Ce n’est pas l’émanation du prof Henri seul dans sa tête. Tous les étudiants de la RDC paient cet argent, explique le gestionnaire Henri Mundongo. C’est pourquoi on leur donne la Sim Academia pour se connecter à la bibliothèque numérique.”
Au lendemain de cet échange, le mardi 8 novembre 2022, le DG invite Congo Durable à suivre le lancement de la connectivité des établissements à la bibliothèque numérique nationale à Musompo. “Voilà donc, l’accusation n’est pas fondée. Ce n’est pas une affaire de prof Henri Mundongo”, se défend-t-il.
La circulaire 023 coupe court
La rédaction a ainsi contacté le ministre de l’Enseignement supérieur et Universitaire Muhindo Zangi. Sans succès. Tous les appels ont visiblement été rejetés, les 9 et 10 novembre 2022. Même après avoir laissé un message. Mais le service de communication du ministre décroche facilement l’appel. “Jean De Dieu” renseigne que la Sim Academia est gratuite. Toutefois, “pour les modalités de son obtention”, il renvoie lire la page 63 de la circulaire 023 déjà évoquée. Celle-ci tranche : Internet est payant (Voir le tableau ci-dessus).
Devant cette contradiction, les étudiants ne savent quelle attitude adopter. Puisque dans les médias, notamment sur le site Web d’information Sans tabou, le ministre déclare gratuite la carte Sim Academia qui donne accès à la bibliothèque numérique. Il présente la connectivité comme un cadeau.
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L’arbre qui cache la forêt
Congo Durable décide alors de relancer l’ISTM Kolwezi. L’échange téléphonique de 4 min 30 secondes est tendu. L’interlocuteur accorde tout de même un rendez-vous en présentiel à son bureau, le 10 novembre 2022 à la mi-journée.
L’échange dure une heure et 45 minutes. Le DG de l’ISTM Kolwezi assisté de ses collaborateurs a rassuré que les frais de connectivité sont légaux et suivent le circuit habituel d’autres frais reconnus par l’Etat.
D’autres sources parmi les institutions publiques d’enseignement supérieur et universitaire assurent que les fonds perçus sur la “connectivité” sont envoyés à Kinshasa.
Cette vérification a permis de constater également que d’autres frais connexes, le cas des frais de laboratoire, sont repris sur les preuves de paiement remises aux étudiants. Cependant, “la connectivité”, se range parmi les frais académiques. L’explication plausible pourrait tenir au besoin pour les gestionnaires de réduire le nombre de paiements à effectuer. Les frais intitulés “effort de construction”, ne sont pas payés séparément. La question qui se pose c’est pourquoi les seuls frais de connectivité sont-ils isolés?
Et si on en parlait
Jeudi 10 novembre 2022, à 20h03 et 20h10 de Lubumbashi, le cabinet du ministre contacte Congo Durable. Franklin Bin Kajira, s’identifie comme itinérant du ministre Muhindo et conseiller en charge de la cellule des doléances au ministère. L’échange n’apporte aucune information nouvelle. L’itinérant du ministre a préféré tourner son interlocuteur plutôt que d’infirmer ou de confirmer des accusations. Il a préféré mettre en doute la qualité de journaliste de celui que lui-même a contacté prétendument pour tirer au clair l’affaire.
La Sim Academia, la connectivité payée par les étudiants de l’ISTM Kolwezi, n’a pas servi à plusieurs. Du moins, en ce qui concerne l’année académique 2021-2022 que le ministre Muhindo lui-même vient de clôturer à l’ISTM Lubumbashi.
La Rédaction











