Le coronavirus a bouleversé les rapports sociaux dans le Katanga, particulièrement à Lubumbashi. L’enquête de Habari RDC sur le coronavirus et ses effets, apporte la lumière sur une crise politisée. L’enquête en insiste sur les manipulations et la désinformation autour du coronavirus. Elle couvre la période de mars 2020 à février 2021.
La crise de coronavirus, dès son éclatement au Congo, a inspiré la peur à plusieurs. En même temps, elle a suscité la méfiance et les rivalités entre étrangers et nationaux. Entre ces derniers, des soupçons de faire circuler la maladie ont particulièrement joué un rôle important. Puisqu’un des premiers patients de covid-19 enregistrés est identifié, par son nom, comme originaire du Kasaï. Or, dans cette région de la RDC, les tensions vieilles des décennies entre Katangais et Kasaïens n’ont pas été résolues.
Autre facteur déterminant des tensions qui montent : la diminution des opportunités économiques. La région du Katanga, riche en cuivre et cobalt, attire les habitants de plusieurs provinces congolaises. Les sociétés minières ainsi que celles des services qui en dépendent ont fermé ou réduit leurs activités. La vague de mises suite à des congés techniques a alors déferlé sur la région minière. Plus de paiement des salaires et donc, début d’une crise financière et sociale. C’est alors qu’apparaissent des discours d’exclusion, fondés sur l’origine ethnique et régionale.
Lubumbashi, par exemple, a même connu des violences attisées par des politiciens. Ceux-ci rejettent le confinement qu’ils qualifient d’acte politique. À l’époque, le Congo connaît une crise politique entre alliés gouvernementaux. Le FCC de Joseph Kabila, qui vient de quitter le pouvoir à l’issue d’un processus électoral conflictuel et violent, ne s’entend plus avec le CACH de Félix Tshisekedi qui entend marquer son territoire, poussé par ses partisans. Durant l’enquête, 47,4% des personnes interrogées considèrent que des personnalités publiques et politiques se servent des réseaux sociaux pour propager les messages de haine tribale. Un peu plus de 13% croient que les jeunes d’autres provinces congolaises sont privilégiés à l’emploi que ceux du Katanga. En revanche, 53,6% ne croient pas que le coronavirus a exacerbé les discours de haine ou tribalistes autour d’eux.
Coronavirus : Habari RDC contre la désinformation et les manipulations
L’association de blogueurs congolais Habari RDC avec l’appui financier de OSISA (Open society), a mené la campagne Covid Haitatugawanya. Elle veut dire, du swahili, « le Covid-19 ne va pas nous diviser ». De cette manière, Habari RDC rappelle aux Congolais qu’ils sont et restent une même communauté appelée à se souder. Pour cela, l’association de blogueurs congolais a mené une enquête pour comprendre les causes des tensions et identifier les acteurs.
Des interviews ont été menées auprès des Congolaises et Congolais à Lubumbashi et en ligne, des acteurs de la société civile et quelques politiques. Elles ont porté sur les messages d’exclusions, parfois même de haine. En plus, des messages considérés comme violents parfois même haineux ont été identifiés sur Facebook. On les trouve dans certains groupes localisés à Lubumbashi, Kolwezi et Kasumbalesa. C’est alors que la campagne a démarré.
Cette campagne se confirme alors contre :
- La haine et les manipulations politiques
- La désinformation sur le coronavirus.
L’enquête de Habari RDC a ceci de particulier qu’elle éclaire, dès 2021, les tensions inquiétantes ressenties entre communautés au Katanga une année après. En 2022, les autorités ont dû organiser d’urgence un forum entre communautés kasaïenne et katangaise vivant à Lubumbashi et dans les environs. En situation de 2020, voire du premier trimestre de 2021 lorsqu’à lien l’enquête, le premier élément majeur qui émerge de l’enquête est économique. Les confinements et fermetures des frontières qui sont allées avec ont eu un impact réel sur les populations. Les salariés ont perdu du jour au lendemain leur pouvoir d’achat. Et, les sans-emplois ont été privés des activités de survie durant les confinements et fermetures des frontières.
Principaux résultats de l’enquête
De cette manière, la crise sanitaire a exacerbé et, non pas créé insiste le rapport, une situation sociale au départ fragile. Les déplacements incontrôlés des populations ont souvent amplifié le chômage dans la région. En situation des mises en congé techniques massives, l’épidémie et ses mesures de restriction des mouvements a inquiété.

Ensuite, les tensions politiques ont amplifié ce contexte social. Dans ce cadre, discours complotistes et de désinformation ou manipulation ont fortement circulé. C’est en raison de la communication publique sur la crise qui n’a pas su rassurer. D’autant plus que 36% des personnes interrogées ont ressenti une forte inquiétude au sujet du coronavirus. L’enquête montre que 49,2% des personnes interrogées ont trouvé un peu claires et faciles à comprendre les informations publiques sur le coronavirus.
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Autrement dit, un peu moins claires. 42.1% ont estimé qu’elles étaient tout à fait claires et faciles à comprendre. En revanche, les restrictions des mouvements des populations ont eu une réception négative. 73,5% de répondants ont avoué que les mesures publiques n’étaient pas efficaces. Seulement 26% ont affirmé qu’elles étaient efficaces, contre le coronavirus.
Cette campagne a permis de rappeler à plusieurs personnes, y compris celles qui pensaient au départ qu’il n’y avait pas menace à la cohésion et au vivre-ensemble à Lubumbashi, de changer d’avis. Puisque les témoignages obtenus, ainsi que les révélations faites par les rédacteurs des articles publiés sur Habari ont montré qu’il existait des tensions parfois sérieuses entre Katangais et Kasaïens, par exemple.
CD











