UE-RDC : trop politique pour une mission “humanitaire”

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Mission humanitaire européenne

Trop politique, la mission humanitaire de l’Union européenne en RDC. Elle manque même de sobriété. Au fond, il ne pouvait en être autrement, tant c’est le Nord qui vole au secours du Sud.

Trois politiques, avec le chef de la diplomatie française en tête d’affiche, et toute la batterie de médias internationaux pour en parler. La mission “humanitaire” de l’Union européenne en RDC ne pouvait manquer de choquer. Très vite, et c’est un défenseur des droits humains connu pour ne pas avoir sa langue de la poche qui ouvre le débat.

Mission humanitaire, et un goût d’indignité?

Jean-Claude Katende pointe le trop de publicité qui en vient à écorcher un peu la dignité des « secourus ». « Quand une aide est accompagnée de trop de publicités comme celle de l’UE, elle devient indigne pour celui qui la reçoit », lance sommairement Katende. Suffisant pour réveiller de nombreux internautes qui s’indignent eux aussi.

Certains ne manquent pas de tirer à boulets rouges sur l’Etat congolais réduit à des aides humiliantes, puisqu’il ne prend pas ses responsabilités. D’autres, à l’instar de Mukumi Fulbert, ironisent contre l’UE. « Ils ne sont pas allés aider l’Italie qui est membre de leur organisation ! Quelle relation privilégiée y a-t-il entre eux et la RDC ? L’aide n’est qu’un prétexte ! @JY_LeDrian et consorts sont venus pour autre chose ! L’avenir nous en dira plus », conclut-il.

Lundi, les dirigeants européens qui ont rencontré plusieurs responsables congolais ont donné une conférence de presse. Jean-Yves Le Drian y a dit son optimisme pour le nouveau pouvoir, en insistant sur la justice, le respect des droits humains et la stabilisation de la démocratie.

Discours étonnant pour une mission humanitaire et qui se trouve sur un champ essentiellement politique. D’autant plus que les crises humanitaires que les Européens prétendent venir aider à résoudre durent depuis des années. On sait, par exemple, que la communauté internationale, l’ONU notamment (avec l’OMS en tête), assiste le Congo dans la lutte contre l’épiderme d’Ebola qui à déjà tué plus de 2000 personnes dans l’Est du pays.

Situation humanitaire à se partager…

Il y a aussi d’autres épidémies comme le choléra et la rougeole devenues persistantes et qui sont d’une forte mortalité. C’est sans oublier un bilan alarmant de la malnutrition : environ 14 millions de personnes touchées, selon les humanitaires. Ce bilan qui témoigne carrément d’une gouvernance très lacunaire de la RDC, repose pourtant en partie sur un système politique qui interroge la responsabilité des instances internationales.

Non pas seulement les luttes pour l’alternance politique, mais surtout, la gouvernance sécuritaire explique largement cette situation. Dans ce pays qui commence une 3e décennie de violences armées soutenues par des voisins sur qui des puissances européennes n’exercent quasiment pas de pression pour qu’ils cessent de soutenir l’industrie de la mort au Congo, la guerre a touché tous les secteurs de la vie, en effet.

La politique, les sports, l’Economie, la religion… sont en guerre depuis les guerres successives, en lien proche ou lointain avec le génocide rwandais.

Si l’intervention de l’Europe, de la France notamment a été importante pour diminuer significativement l’intensité des violences armées, on sait aussi qu’il a toujours manqué de courage et des actions concrètes pour s’attaquer aux racines de la guerre.

Jusqu’où aider ?

Ce sont les pillages des ressources naturelles du Congo par ses voisins, avec la complicité naturellement des nationaux congolais. Et l’on sait que beaucoup de ces ressources alimentent des sociétés européennes et américaines notamment.

Lire |Beni : les vérités du Cardinal Ambongo

On notera aussi, sur le plan de la géopolitique, une bataille de leadership entre puissances occidentales sur le Congo. Elle paralyse souvent l’initiative visant à en finir avec la guerre qui a déjà tué plus de 5 millions de personnes au Congo. Qui des européens ou américains peut aujourd’hui se vanter d’avoir sauvé le Congo dans un tel contexte?

Ni sécurité, ni démocratie, ni richesse pour les Congolais, ni cohésion nationale, 60 ans après l’indépendance de la RDC. Personne, ni aucune aide d’ailleurs, ne saurait prouver avoir vraiment aidé le Congo.

La leçon s’impose d’ailleurs d’elle-même : la paix, le bonheur et la prospérité des Congolais ne viendront pas d’ailleurs. Ce n’est pas inutile de le dire. Et on ne peut que ressentir de la révolte quand on le dit, comme le cardinal Ambongo ce 8 juin à Kinshasa. Nous ne pouvons pas rester des éternels assistés”, a-t-il lancé après une rencontre avec les émissaires européens.

Et c’est là justement qu’intervient l’interrogation à la fois sur la responsabilité de ceux que l’on assiste et celle qui assistent. On ne peut éternellement aider. Il vaut mieux se gêner, sauf si l’on a fait de l’aide un outil de domination. 

CD

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